Héritage

A Raisin in the Sun

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Texte Lorraine Hansberry

Mise en scène Mike Payette

Traduction Mishka Lavigne

Interprétation Patrick Émmanuel Abellard, Lyndz Dantiste, Myriam De Verger, Malik Gervais-Aubourg, Tristan D. Lalla, Tracy Marcelin, Mireille Métellus, Éric Paulhus, Frédéric Pierre, Jason Selman

Du 4 septembre au 5 octobre 2019

Durée approximative : 2h30

Trois générations d’une famille afro-américaine, les Younger, vivent entassées dans un appartement d’un quartier pauvre de Chicago. Nous sommes dans les années 50 et chacun des membres de ce foyer voit ses opportunités limitées par la domination blanche. Ils aspirent malgré tout à une vie meilleure et leurs rêves s’enflamment alors que la prime d’assurance du patriarche décédé est sur le point d’arriver. Mama envisage d’acheter une maison; son fils Walter Lee veut investir dans un magasin d’alcool; Beneatha, la cadette, dégourdie et idéaliste, veut poursuivre ses études en médecine. Tandis que chacun entrevoit enfin la chance de s’élever, une crise familiale éclate. Dix mille dollars c’est beaucoup, mais insuffisant pour réaliser tous les rêves et pour anéantir toute injustice.

Dans un monde dur et en mutation, les luttes héroïques des Younger tissent une histoire intemporelle d’espoir, d’amour et de courage. Au cœur de celle-ci se dégage la force des femmes, doublement opprimées puis tiraillées entre un besoin de s’émanciper «à l’Américaine» et la préservation de leur identité noire. Ce récit visionnaire de la dramaturge Lorraine Hansberry, première pièce d’une Afro-Américaine à être produite à Broadway, a marqué un tournant dans l’histoire du théâtre. Attirant les foules, elle récoltait en 1959 le New York Drama Critics’ Circle Award de la meilleure pièce, une première pour un auteur noir. S’imposant comme une œuvre phare de son époque et bien au-delà, cette pièce demeure l’une des plus inspirantes de la dramaturgie américaine.

Avec le soutien de

Extraits de critiques

et

Témoignages

Pièce super intéressante, très bien jouée et qui rend très bien le statut des noirs dans le Chicago des années 1950. La pièce porte aussi à réflexion dans le contexte actuel, puisque ni l’égalité entre les peuples ni celle entre les sexes n’est encore réglée aujourd’hui. Par contre on y voit une belle progression entre cette époque et maintenant.
— F.D.

Tout simplement fantastique. Très belle pièce jouée par d’excellents comédiens.
— M.C.

Excellente représentation! Très touchant. Aide à comprendre ce que c’est de vivre le racisme et l’exclusion au quotidien. Une belle leçon de courage aussi.
— L.D.

Vraiment intéressante, excellente prestation, réalité pas si lointaine… Pas d’apitoiement, beaucoup de courage et d’optimisme. Bravo!
— S.F.

Ça fait longtemps que ma femme et moi n’avons pas été témoins d’une pièce de théâtre à la hauteur de ce que nous avons vu: intensité, émotions, valeurs véhiculées, etc. Après 2 heures et demie, nous en aurions encore pris!
— B.L.

J’ai vraiment beaucoup aimé cette pièce, de même que tous les comédiens qui y jouaient. Que dire de Mireille Métellus, si émouvante au point de nous émouvoir aux larmes. Merci de nous présenter un tel spectacle!
— M.G.

Belle découverte théâtrale de ce classique oublié de la littérature américaine que j’avais beaucoup aimé dans son adaptation cinématographique. Réunion d’une belle distribution inconnue du grand public, à l’exception du grand comédien Frédéric Pierre, excellent dans le rôle de Walter Lee Younger. Toute la distribution a été dirigée de main de maître par Mike Payette, dans sa mise en scène efficace et touchante. J’ai particulièrement apprécié les interprétations fortes et assurées de Mireille Métellus et Tracy Marcelin. La présence du début à la fin du trompettiste ajoute au réalisme de la pièce.
— L.F.

Touchant. Belle histoire et un beau décor. La mise en scène et les acteurs sont excellents!
— L.P.

Le jeu des comédiens était très bien. J’ai découvert de nouveaux acteurs, en espérant les voir plus souvent dans d’autres occasions.
— D.B.

Pièce très riche, dramatiquement bien construite, aux problématiques (malheureusement) encore très contemporaines.
— C.L.

J’ai bien apprécié. Les conditions de vie et le racisme imposés aux noirs à cette époque et les conséquences sur leur vie nous fait réfléchir. Même si cette pièce a été écrite il y a 60 ans, elle est toujours d’actualité vue les opinions d’extrême droite qui s’expriment de nos jours sur les médias sociaux, avec tout le tort que cela peut causer, et ce, pendant des générations.
— B.R.

Du grand théâtre, de l’émotion à l’état pur. Bravo!
— C.L.

Dimension universelle sur les rapports de force, les inégalités, le racisme, le sexisme… Très beau spectacle toujours d’actualité et qui incite à la réflexion.
— L.B.

Calendrier

Du 4 septembre au 5 octobre 2019
19h30
20h - Complet
17h - Entretien
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Distribution

Photo : Jeremy Cabrera

Patrick Émmanuel
Abellard

George Murchison
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Photo : Daphné Caron

Lyndz
Dantiste

Joseph Asagai
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Photo : Monique Richard

Myriam
De Verger

Ruth Younger
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Malik
Gervais-Aubourg

Travis Younger
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Tristan D.
Lalla

Bobo
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Photo : Annie Éthier

Tracy
Marcelin

Beneatha Younger
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Photo : Annie Éthier

Mireille
Métellus

Lena Younger
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Photo : Andréanne Gauthier

Éric
Paulhus

Karl Lindner
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Photo : Andréanne Gauthier

Frédéric
Pierre

Walter Lee Younger
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Photo : Herb Photographie

Jason
Selman

Musicien et voisin
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Crédits

Décor
Eo Sharp
Costumes
Elen Ewing
Éclairages
Luc Prairie
Musique
Mathieu Désy
Accessoires
Normand Blais
Assistance à la mise en scène
Elaine Normandeau, Dayane Ntibarikure

Médias

Balado

PROPRE2-1920X1080-logo

Duceppe et Voir vous proposent une série de cinq balados réalisée à l’occasion de la présentation du spectacle Héritage.

 

Avec des artistes, des créatrices, des penseurs, la série se penche sur les enjeux d’inclusion des personnes racisées sur la scène artistique québécoise. On y parle aussi du changement qui est en marche et des façons de faire pour que la réalité de notre société se reflète dans nos créations culturelles.

 

Une co-création de Myriam Fehmiu et Antoine Bordeleau.

 

 

 

 

  • Le cas «Québec»
    Le Québec, on le sait, fait figure d’OVNI en Amérique du nord ainsi qu’au Canada. Mais de quelle façon cette différence se présente-t-elle dans les enjeux de représentation en culture? Comment est-elle vécue par nos artistes noir·e·s? Écouter cet épisode

 

  • L’art: agent de changement contemporain
    Pour finir cette série, on a décidé de se tourner vers l’avenir, vers le changement qui est en cours et qui fait du bien à voir. L’art est définitivement un des moteurs les plus puissants pour faire avancer notre société, et on croit fermement que cette série le prouve. Merci d’avoir été des nôtres, et on vous invite maintenant à aller voir la pièce. Écouter cet épisode

 

Chicago, 1950

Bâtiment des années 1950, dans la « Black Belt ». © LIFE Magazine

Chicago, capitale noire de l’Amérique

Cette première pièce de Lorraine Hansberry évoque les efforts d’une famille afro-américaine pour quitter le South Side, ghetto défavorisé et surpeuplé de Chicago. Nous sommes dans les années 1950 et ce vaste quartier noir témoigne d’un pan sensible et important de l’histoire de la ville natale de l’autrice : la ségrégation résidentielle.

À partir du début du 20e siècle, une partie de la population rurale noire du Sud des États-Unis a migré vers les centres urbains du Nord-Est, du Midwest et de l’Ouest du pays — un phénomène que les historien·ne·s désignent par « La grande migration ». De 1910 à 1970, quelque six millions d’Afro-Américain·e·s ont ainsi quitté le Sud. Chicago, qui connaissait déjà une forte croissance démographique après sa reconstruction suite au grand incendie de 1871, était une destination prisée.

S’exilant loin des lois ségrégationnistes adoptées par les États du Sud en 1870 et des violences tolérées de groupes suprématistes blancs comme le Ku Klux Klan, la première vague de cette migration arriva pendant la Première Guerre mondiale. Chacune des personnes déracinées était en quête d’une vie meilleure et ces nouvelles contrées offraient des perspectives socioéconomiques et politiques inconnues au Sud. Mais, dans les États du Nord, même si la ségrégation n’était pas imposée par la loi, elle existait. La « terre promise » était également en proie à un racisme persistant, et ce, malgré l’abolition formelle de la ségrégation à Chicago en 1885.

La population noire, d’abord relativement restreinte, vivait dans un secteur de la ville, la « Black Belt », près du quartier des abattoirs. Il était impossible ou dangereux pour une famille afro-américaine de s’installer ailleurs. Cette enclave raciale prit par la suite énormément d’ampleur et fut à l’origine du célèbre quartier South Side, qui s’est rapidement étendu jusqu’à abriter la plus grande communauté urbaine noire
des États-Unis.

En 1920, la population noire dépassa les 100 000 habitants à Chicago. C’est alors que les premières tensions raciales significatives sont apparues et les violentes émeutes de 1919 firent des dizaines de morts. Pendant une bonne partie du 20e siècle, Chicago demeurera d’ailleurs très divisée sur le plan racial. Au cours des années 1920 et pendant l’enfance de Lorraine Hansberry dans les années 1930, les propriétaires blancs se sont regroupés et ont créé des conventions de logement restrictives, afin de garder les Afro-Américain·e·s nouvellement arrivé·e·s à l’écart de leur quartier. Elles stipulaient que les résident·e·s devaient être d’une race particulière pour vivre dans tel quartier, à l’exception insultante des « concierges, chauffeurs ou domestiques ». Ces alliances, présentées comme un rempart nécessaire contre la mésentente raciale, ont limité les Afro-Américain·e·s à la « Black Belt » surpeuplée, les confinant à des logements misérables et trop dispendieux.

En 1938, la famille Hansberry a fait face à l’une de ces alliances lorsqu’elle s’est installée à Washington Park, un secteur blanc du South Side. Ces difficultés rencontrées ont eu un impact sur la dramaturge et l’ont certainement inspirée pour A Raisin in the Sun. On y comprend bien que le logement était au cœur des préoccupations des Afro-Américain·e·s et que la lutte contre la ségrégation résidentielle était plus qu’une question d’habitation. Il s’agissait de dignité, d’égalité des chances et de l’avenir de leurs enfants.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, qui occasionna une nouvelle poussée migratoire, Chicago était déjà la deuxième plus grande ville noire des États-Unis, juste derrière New York. Après la guerre, la population blanche a vu un boom immobilier qui en a mené plusieurs à la périphérie de la métropole et dans ses banlieues. Cela entraîna une augmentation du nombre de logements disponibles à Chicago. Malgré la volonté de certains de garder la population noire éloignée des quartiers blancs, de plus en plus d’Afro-Américain·e·s réussirent à rejoindre la classe moyenne. Ils ont finalement été en mesure de sortir des ghettos et de jouir d’une bien meilleure qualité de vie. Mais, malheureusement, leurs aspirations se heurtaient souvent à un mur d’hostilité, révélant des préjugés bien ancrés envers les Noir·e·s. Dans les années 1950 et 1960, les Afro-Américain·e·s demeuraient confrontés à un ensemble de préoccupations communes telles que la pauvreté massive, le chômage, les écoles de qualité insuffisante, les inégalités dans l’accès aux soins, le harcèlement policier et les problèmes de logement. Tous ces enjeux constituent le cœur du mouvement des droits civiques aux États-Unis, dont Lorraine Hansberry fut l’une des militantes les plus engagées et qui mènera à la signature du Civil Rights Act en 1964.

Cette législation d’envergure rendait illégale la discrimination selon la race, la religion, le sexe ou l’origine nationale dans les bâtiments publics, dont les écoles, ainsi que dans les pratiques d’embauche et le processus électoral. Initialement proposée par le président John F. Kennedy, elle a survécu à la vive opposition des membres du Congrès des États du Sud et a ensuite été promulguée par son successeur, Lyndon B. Johnson. Le Congrès adoptera ensuite d’autres lois sur les droits civils, telles que la loi sur les droits de vote de 1965.

En 1966, Martin Luther King Jr. entreprit un chapitre moins connu des dernières années de sa vie et cette bataille restera inachevée : une campagne contre la pauvreté et la ségrégation de fait qui perdurait dans le Nord. Il déclare que Chicago serait le premier front. Le pasteur King et sa famille s’y était d’ailleurs installés, à la fin du mois de janvier, afin de se rapprocher du mouvement. L’été suivant, le 5 août 1966, alors que le leader des droits civiques se dirigeait vers plusieurs centaines de partisan·e·s, il reçut une pierre en pleine tête, l’envoyant à genou. « Je n’ai jamais vu, ni dans le Mississippi ni en Alabama, des foules aussi haineuses que celles que j’ai vues ici à Chicago. Oui, c’est assurément une société fermée. Nous allons en faire une société ouverte » [1] dira l’homme de 37 ans.

Longtemps considérée comme la capitale noire de l’Amérique, ville d’Al Capone devenue celle de Barack Obama, Chicago élira en 1983 un premier maire noir : Harold Washington. Une autre page de son histoire fut tournée au printemps 2019, alors qu’une première femme noire s’installait à la mairie. Elle devenait aussi la première personne ouvertement homosexuelle à diriger cette ville de 2,7 millions d’habitants, la troisième plus populeuse du pays. L’ancienne procureure fédérale s’est engagée à réduire les injustices sociales et raciales au cœur de cette cité, marquée par la défiance entre minorités et forces de l’ordre. Une criminalité importante — il y a eu davantage de meurtres en 2018 que les chiffres combinés de New-York et de Los Angeles — et des inégalités profondes perdurent, encore aujourd’hui, entre ses quartiers.

[1] Traduction libre
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Entrevue avec Mike Payette

Considérée comme une œuvre pionnière, Héritage (A Raisin in the Sun) propose l’une des premières représentations honnêtes d’une famille noire sur une scène américaine. Avant cette pièce, les rôles des Afro-Américain·e·s étaient secondaires, stéréotypés, comiques. Plusieurs doutaient que cette histoire sur les tensions entre la société blanche et la société noire, mais également celles à l’intérieur de la communauté noire, intéresse le grand public. Pourtant, cette œuvre sur la valeur des rêves, la nécessité de lutter contre toute discrimination et l’importance de la famille connut un énorme succès populaire à sa création en 1959, raflant au passage de nombreux et prestigieux prix. Un tournant dans la vie de son autrice. Un tournant également dans l’histoire du théâtre. Le metteur en scène Mike Payette, figure de proue du théâtre anglophone au Québec, s’attaque à cette pièce phare de l’Américaine Lorraine Hansberry à qui il voue une vive admiration. Entretien.

 

Avec le recul, Lorraine Hansberry semble avoir été étonnamment prémonitoire en mettant en évidence, dans cette première pièce, des questions qui seront centrales la décennie suivante. Le réveil féministe qui a inspiré beaucoup de femmes à se faire une place active en dehors de la maison, par exemple. Diriez-vous que c’est l’œuvre d’une autrice visionnaire?

Absolument. Lorraine Hansberry était réellement en avance sur son temps en créant cette pièce où elle évoque, notamment, le droit pour une personne noire de demeurer fidèle à ses racines et à son histoire tout en allant de l’avant, malgré l’adversité de l’époque. Ou en jetant une lumière sur d’autres phénomènes importants, comme le féminisme. Et, ici, il ne s’agit pas seulement de l’histoire de l’Afro-Américain·e·s, c’est aussi celle de l’Américain. Les Blanc·he·s comme les Noir·e·s l’ont considérée comme une pièce pionnière pour le théâtre.

A Raisin in the Sun fut la toute première production afro-américaine à être présentée sur Broadway. Et, si l’on regarde 10 ou même 20 ans plus tard, ça prendra un bon moment avant qu’un·e autre dramaturge afro-américain·e n’y soit produit. Lorraine Hansberry est une véritable pionnière et elle a ouvert des discussions qui se poursuivent encore aujourd’hui.

La pièce est donc, à votre avis, aussi pertinente pour le public contemporain que lors de sa première présentation?

Oui, absolument. Par exemple, on continue de débattre sur le statut de la femme. Quel travail convient à une femme? Quels droits a-t-elle sur son propre corps? La nature progressiste du personnage de Beneatha réfère beaucoup au monde d’aujourd’hui. Héritage représente beaucoup celle qui était Lorraine Hansberry. Elle luttait contre le système, contre les difficultés des femmes dans une industrie à prédominance masculine.

Quant à la question de la race et du racisme, elle devient de plus en plus complexe dans notre monde contemporain. Nous n’avons pas de racisme déclaré pour ainsi dire — en fait, oui, parfois! — mais pas au sens typique du terme, pas au sens de la ségrégation. Ça a changé. Cependant, des préjugés et un racisme plus subtil, parfois même inconscient, persistent de nos jours. Vous pouvez être noir·e et avoir une personne blanche comme meilleur·e ami·e. Mais, la façon dont cet·te ami·e a grandi ou le conditionnement familial peuvent faire en sorte qu’il ou elle pourra utiliser par inadvertance des expressions à connotations négatives. Le racisme n’apparaît plus dans une longue robe blanche en tenant une croix enflammée : le racisme peut ressembler à votre meilleur ami, votre voisine, votre collègue de travail.

Aussi, au sein de nos structures modernes, des inégalités demeurent. Nous savons que les Noir·e·s sont plus incarcéré·e·s que les Blanc·he·s, nous savons que les personnes de couleur n’ont pas la même éducation ni les mêmes privilèges que leurs pairs blancs, selon l’endroit où elles se trouvent. Montréal est une ville très inclusive et diversifiée, mais on doit se rappeler que si l’on jette un œil vers Montréal-Nord, Lachine, Laval ou la Petite-Bourgogne, notamment, on verra que ces inégalités ont créé une tension raciale entre les citoyen·ne·s et le gouvernement, entre les citoyen·ne·s et la police. Elles existent encore.

Lorraine Hansberry était une star à l’époque du mouvement des droits civiques. En 1963, elle avait même rencontré Robert Kennedy à la Maison-Blanche. Elle était une activiste de premier ordre, très engagée, et pourtant, on a surtout entendu parler des autres : Martin Luther King Jr., Malcolm X ou Rosa Parks,
par exemple. Pourquoi à votre avis?

Parce qu’elle est morte très jeune, à l’âge de 34 ans, d’un cancer du pancréas. Elle fut une militante très active et engagée, mais n’a pas pu vivre assez longtemps pour apprécier, par exemple, tout l’impact du leadership de Martin Luther King. Bien qu’elle n’ait pas été une figure universelle, Lorraine Hansberry fait quand même partie de l’histoire de la culture afro-américaine. Elle a été vraiment célébrée parmi les populations noires, elle a été un phare. J’espère qu’en montant sa pièce au Québec, nous pourrons élargir la portée de son message.

Le titre de la pièce est tiré d’un poème de l’écrivain Langston Hughes, l’un des principaux acteurs de la « Harlem Renaissance ». Comment la pièce illustre-t-elle le thème du poème?

Dans ce poème intitulé Harlem, on lit : « Qu’advient-il à un rêve qu’on diffère? Est-ce qu’il se dessèche — comme un raisin au soleil? Ou suppure comme une plaie.[1] » Le concept du « rêve » est au centre de la pièce. Que se passe-t-il lorsqu’un rêve est perdu ou lorsqu’il emprunte une autre voie? Ceci est représenté à tous les égards et par tous les personnages. Ils et elles aspirent à quelque chose qui leur est propre, mais tous et toutes souhaitent le mieux-être de leur famille. À différents moments de la pièce, parfois plus d’une fois, leurs rêves sont compromis par des circonstances qu’ils et elles contrôlent ou non, selon le cas.

Qui maîtrise votre destin, qui peut contrôler vos rêves? Voilà une très belle question que Lorraine Hansberry examine ici. C’est ce qui fait de cette pièce une tragédie, davantage qu’un drame. Il y a quelque chose de si urgent, de si important dans la réalisation des rêves des membres de cette famille. S’ils n’y arrivent pas, il y a bien plus en jeu qu’un rêve reporté; nous parlons ici de vies entières.

J’aimerais d’abord souligner qu’Héritage n’est pas une pièce noire. Ce n’est pas seulement une pièce noire, devrais-je dire. C’est l’histoire universelle d’une famille, que nous pouvons tous et toutes comprendre, c’est l’histoire des différences et des désaccords au sein d’une structure familiale que nous connaissons. C’est sa dimension sociopolitique qui rend la pièce unique. Mais, en dehors de cela, il s’agit d’un récit universel.

Que souhaitez-vous que les spectateur·trice·s retiennent de la pièce?

J’espère sincèrement que les gens vont se reconnaître dans cette histoire et que la conversation qui suivra se prolongera longtemps après la tombée du rideau. Et je souhaiterais, s’ils ne s’identifient pas à la famille Younger, qu’ils se questionnent: en quoi cette histoire est-elle si différente de la mienne?

[1] Traduction libre

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Mot de la direction artistique

IL Y A DES CLASSIQUES OUBLIÉS.

Du répertoire américain, on monte encore et toujours sur nos scènes, Arthur Miller, Tennessee Williams et Edward Albee. Mais on oublie Lorraine Hansberry, Lillian Hellman ou August Wilson.

Pourtant certaines œuvres de ces dramaturges oublié·e·s sont d’une vive actualité.

C’est ce sentiment d’urgence que nous avons ressenti en lisant A Raisin in the Sun (Héritage en français)
de Lorraine Hansberry.

Cette histoire est devenue un classique parce qu’on peut toujours s’identifier aux personnages, aux enjeux qu’ils et elles vivent, à leurs rêves brisés. Cette histoire coule de la même source que Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. Les thèmes sont semblables et toujours aussi puissants : discorde familiale, isolement de la classe ouvrière, combat pour la reconnaissance.

Héritage, c’est aussi l’histoire d’une autrice, Lorraine Hansberry, morte trop jeune. Elle a été la première dramaturge noire à être jouée sur Broadway. Jamais nous ne saurons tout ce qu’aurait pu réaliser cette battante.

La seule certitude que nous avons, c’est que la première production francophone de son magnifique texte arrive inexplicablement trop tard.

Héritage est synonyme de rêve.

Quels sont les rêves que l’on abandonne pour assurer la survie de notre famille, de notre clan, de notre communauté?

Qu’est-ce qu’on lègue à ceux et celles qui nous suivront? Oui, parfois, de l’argent, des biens, mais, plus souvent qu’autrement, on lègue un parcours. Un sillon creusé à la sueur de notre front que les générations futures suivront ou duquel elles s’inspireront.

Mais doit-on attendre que quelqu’un meure pour réaliser ses rêves? Ou doit-on prendre son destin en main le plus vite possible? Les Younger nous rappellent courageusement qu’il faut saisir l’opportunité de se battre pour défendre nos convictions même si celles-ci bousculent l’ordre établi.

Bonne soirée avec la famille Younger!
David Laurin et Jean-Simon Traversy

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Mot du metteur en scène

La réponse de Lorraine Hansberry à ce poème monumental est l’une des représentations les plus lucides de l’expérience afro-américaine au cours de la période tumultueuse qui a précédé le mouvement des droits civiques. Avant son décès à l’âge de 34 ans, elle devient la première dramaturge noire à voir sa pièce jouée sur Broadway. Son héritage est cependant bien plus important. Elle illustre non seulement les expériences uniques de ceux qui émigrent vers le Nord pour trouver une vie meilleure et défier une histoire fondée sur l’esclavage et l’oppression, mais elle y ajoute une philosophie progressiste et avant-gardiste.

C’est ce qui fait d’Héritage (A Raisin in the Sun) l’une des pièces les plus marquantes de l’histoire nord-américaine, lui permettant de transcender le temps et d’être aussi pertinente aujourd’hui. Qui a droit au bonheur? Qui a le droit de rêver et quels sont les obstacles, personnels ou sociaux, qui empêchent ce rêve de devenir une réalité ? Ce n’est pas une histoire qui appartient à une seule culture. Elle demande à tous et toutes de s’impliquer et de se projeter dans ces personnages complexes, beaux et profondément imparfaits. Elle remet en question la notion de rôle de genre, et montre la fragilité́ de droits qui, encore aujourd’hui, ne sont pas acquis pour tous et toutes. Elle parle à ceux et celles qui osent rêver et garder espoir face à l’adversité.

Que l’on taille une place à cette pièce dans le riche répertoire des traductions québécoises est à la fois exaltant et encourageant. Je suis honoré de faire partie de ceux et celles qui donneront une nouvelle vie à cette œuvre. Mes remerciements aux formidables interprètes que vous allez voir sur scène. Merci à l’excellente équipe de création, à Jean-Simon, David, Amélie et toute l’équipe de Duceppe d’avoir eu la volonté de faire connaître cette pièce. En terminant, merci, cher·ère·s spectateur·trice·s, de célébrer les nombreuses histoires qui font vibrer notre monde à travers le théâtre et de partager avec nous ce moment historique.

Bon spectacle!
Mike Payette

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Autrice

Lorraine
Hansberry

Écrivaine et dramaturge, Lorraine Hansberry est née en 1930 à Chicago. Son père y a fondé la Lake Street Bank, l’une des premières banques de la ville accueillant les Noirs. Élevée par des parents actifs dans le mouvement des droits civiques, Lorraine Hansberry a elle-même passé toute sa vie à se battre pour la justice sociale.

Le 11 mars 1959, sa pièce A Raisin in the Sun, que l’on présente cette saison sous le titre Héritage, est créée à New York. C’est la première œuvre d’une dramaturge afro-américaine à être produite sur Broadway et la première d’un auteur noir à remporter le New York Drama Critics’ Circle Award de la meilleure pièce. Du haut de ses 28 ans, Lorraine Hansberry devenait aussi la plus jeune Américaine et la cinquième femme à récolter ce prix.

Cette oeuvre est inspirée par sa propre enfance. Alors qu’elle avait huit ans, sa famille s’est installée dans un quartier réservé aux Blancs à Chicago. Leurs voisins, hostiles, se sont rapidement tournés vers la loi pour les chasser. Son père a contesté la décision de la Cour suprême de l’Illinois et obtenu gain de cause. Ce jugement historique rendu par la Cour suprême des États-Unis est connu sous le nom Hansberry v. Lee.

Quant au titre de la pièce, A Raisin in the Sun, il est tiré d’un texte du poète américain Langston Hughes: «What happens to a dream deferred? Does it dry up like a raisin in the sun? (Qu’advient-il d’un rêve repoussé? Est-ce qu’il se dessèche comme un raisin au soleil?)».

Lorraine Hansberry est décédée d’un cancer du pancréas le 12 janvier 1965, le soir même de la dernière représentation à Broadway de The Sign in Sidney Brustein’s Window, sa deuxième pièce. Elle avait 34 ans. En 2013, elle était intronisée à titre posthume au Temple de la renommée du théâtre américain.

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Metteur en scène

Mike
Payette

Metteur en scène et acteur montréalais, Mike Payette a cofondé et fut directeur artistique du Théâtre Tableau D’Hôte de 2005 à 2016. Depuis 2016, il assure la direction artistique et exécutive du Geordie Theatre, l’une des plus importantes compagnies de théâtre anglophone jeune public au Canada. Il est également membre fondateur du Metachroma Theatre et fut directeur artistique adjoint du Black Theatre Workshop.

Parmi les diverses mises en scène qu’il a créées, nommons celle de Harlem Duet, A Line in the Sand, Another Home Invasion, Choir Boy, Around the World in 80 Days, la récente tournée nationale The Tashme Project et Angélique. Pour celle de Hosanna de Michel Tremblay en version anglaise, il était récompensé du prix de la meilleure mise en scène lors des META Awards (Montreal English Theatre Awards) en 2015. La même année, il dirigeait une autre production honorée par les META, The Mighty Carlins, «un joyau étincelant, une production que je mets très haut dans ma liste des meilleures de l’année», écrira Jim Burke dans The Gazette, en 2016.

Comme acteur, Mike Payette a fait ses débuts professionnels à l’âge de 12 ans, au sein de la distribution de Joseph and the Amazing Technicolor Dreamcoat d’Andrew Lloyd Weber présenté à la Place des Arts. Depuis, il a joué à la télévision, au cinéma et sur quelques unes des plus importantes scènes canadiennes. Son travail de comédien et de metteur en scène lui a valu dès 2006 le prix de la révélation de l’année décerné aux MECCA Awards (Montreal English Critics Circle Award).

Mike Payette a enseigné dans divers établissements et fut artiste en résidence pour le Neworld Theatre à Vancouver. Il siège actuellement au conseil d’administration de l’Association professionnelle des théâtres canadiens et de la Maison Théâtre.

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Traductrice

Photo : Jonathan Lorange

Mishka
Lavigne

Titulaire d’un baccalauréat en théâtre ainsi que d’une maîtrise en création dramaturgique de l’Université d’Ottawa, Mishka Lavigne est autrice dramatique et traductrice littéraire, autant vers le français que vers l’anglais. On a pu apprécier son travail de traduction notamment à Ottawa, Toronto et Montréal. Elle a signé une dizaine de traductions de théâtre et de poésie, dont La petite scrap de Dominick Parenteau-Lebeuf qui était finaliste aux prix Rideau Awards à Ottawa (2011), Tumit de Reneltta Arluk (2015) et, plus récemment, Angélique de Lorena Gale pour le Black Theatre Workshop de Montréal (2018).

Elle a écrit Cinéma, pièce lauréate de l’Aide à la création du Centre national du théâtre à Paris, créée en 2015 par le Théâtre la Catapulte et le Théâtre Belvédère. On lui doit aussi Vigile, monologue salué par la critique et produit en 2017 par le Théâtre Rouge Écarlate en collaboration avec le Théâtre du Trillium. Elle est l’autrice de Murs, mis en lecture lors de la biennale des Zones Théâtrales en septembre 2017 et de Havre. Traduite en anglais par Neil Blackadder (Haven) et en allemand par Frank Weigand (Hafen), Havre a été créée par la Troupe du Jour de Saskatoon en septembre 2018 et ensuite au POCHE/GVE à Genève en janvier 2019. Cinéma et Havre sont publiées aux Éditions L’interligne.

Sa pièce Albumen, en anglais, a été créée à Ottawa en mars 2019 et a été lue à Chicago en juillet 2018. De plus, avec son nouveau texte Shorelines, elle est l’autrice en résidence du Horseshoes & Hand Grenades Theatre. Elle travaille actuellement avec le metteur en scène Éric Perron sur Copeaux qui sera présentée en 2019-2020 à Ottawa.

Mishka Lavigne a été honorée à trois reprises par la Fondation pour l’avancement du théâtre au Canada français ; elle recevait le Prix national RBC pour un artiste émergent en 2013 et le Prix Ontario en 2015 et en 2018. En 2017, elle s’est aussi vu remettre le Prix Québec-Ontario pour la version publiée de Cinéma et, en 2018, la traduction allemande de son texte Havre a été récompensé du Prix de la meilleure pièce au Festival Primeurs à Sarrebrücken. Elle est lectrice pour le comité anglophone de la Maison Antoine-Vitez de Paris, depuis 2015.

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