LES ENFANTS

AVIS IMPORTANT – Les représentations qui devaient avoir lieu entre le 12 et le 28 mars seront peut-être déplacées en avril-mai; veuillez garder votre billet, nous vous offrirons des places équivalentes. 

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Texte Lucy Kirkwood

Mise en scène Marie-Hélène Gendreau

Traduction Maryse Warda

Interprétation Chantal Baril, Germain Houde, Danielle Proulx

Du 26 février au 28 mars 2020

Durée approximative: 1h45 sans entracte

Dans un petit chalet isolé, un couple d’ingénieurs nucléaires à la retraite tente de mener une vie saine et calme, malgré le danger et le rationnement quotidien. Dehors, le chaos règne depuis qu’une série d’événements dévastateurs a endommagé la centrale nucléaire voisine. Quand une ancienne collègue arrive chez eux sans s’annoncer pour leur faire part d’un projet inattendu, leur routine fragile est soudainement brisée. Sa proposition appose non seulement une «date d’expiration» sur leur propre vie, mais confronte également leurs valeurs et un confort durement acquis. Que décideront-ils?

Lucy Kirkwood, dramaturge saluée par The Independent comme «la plus enrichissante de sa génération», impressionne par sa capacité à soulever des questions cruciales. Trouvant son inspiration à la suite de l’explosion nucléaire de Fukushima, elle a imaginé un dilemme moral captivant, dans lequel se mêlent habilement le legs des générations, les devoirs familiaux et les enjeux environnementaux. Créée à Londres en 2016, en lice pour le Tony Award de la meilleure pièce sur Broadway en 2017, Les enfants est une oeuvre puissante, ponctuée d’humour et de mordant, qui alimentera le nécessaire débat sur les risques environnementaux liés à nos choix.

Avec le soutien de

Extraits de critiques

Très actuel comme thématique – excellents acteurs – j’ai adoré!
— SB

Enchanté et touché par le thème de la pièce et la prestation des comédiens.
— GD

Excellent spectacle on est tenu en haleine jusqu’à la fin.
— LSG

Très belle mise en scène, excellents comédiens, cette pièce amorce une réflexion.
— LM

Mise en scène accessible, interprétation juste et sensible. Pour une première fois chez Duceppe, nous avons beaucoup apprécié.
— NM

C’est le genre de pièce que j’aimerais faire voir à quelqu’un qui n’est pas amateur de théâtre… Je suis sûr que cette œuvre lui donnerait le goût d’en voir plus souvent.
— CD

Spectacle coup de poing. Un texte bouleversant, rempli de questions de vie sur nos valeurs, notre façon de vivre, nos ambitions, nos espoirs, notre mortalité. Décor surprenant et efficace.
— FD

Formidable! Le jeu des acteurs était impeccable et le sujet de la pièce tellement actuel. Un enjeu moral est toujours intéressant.
— MMR

Belle réflexion sur l’environnement et les générations. J’ai adoré l’interprétation de Mme Proulx.
— AN

Une pièce prenante, qui nous pousse à l’introspection. Nous avons sincèrement apprécié le propos et le jeu des acteurs.
— DL

Calendrier

Du 26 février au 28 mars 2020
19h30
20h - Complet
20h
15h
19h30
20h
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17h - Causerie
19h30
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19h30
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15h

Distribution

Photo: Annie Éthier

Chantal
Baril

Rose
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Photo: Monic Richard

Germain
Houde

Robin
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Photo: Andréanne Gauthier

Danielle
Proulx

Adèle
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Crédits

Décor
Marie-Renée Bourget Harvey
Costumes
Cynthia St-Gelais
Éclairages
Julie Basse
Musique
Mykalle Bielinski
Accessoires
Normand Blais
Chorégraphie
Claude Breton-Potvin
Assistance à la mise en scène
Caroline Boucher-Boudreau

Médias

Autrice

©Joseph Marzullo/WENN

Lucy
Kirkwood

La Britannique Lucy Kirkwood, dramaturge saluée par The Independent comme « la plus enrichissante de sa génération », est née en 1984 à East London. Autrice en résidence au Clean Break Theatre Co., elle a été élue membre de la Royal Society of Literature en 2018.

Lucy Kirkwood impressionne par sa capacité à soulever des questions graves et cruciales tout en évitant de tomber dans le mélodramatique ou le sentimental. Elle a créé la surprise en 2013 avec Chimerica, pièce qui examine la relation entre les États-Unis et la Chine, inspirée par la célèbre photo de l’homme face aux tanks sur la place Tian’anmen en 1989. Chimerica a remporté cinq Olivier Awards, dont celui de la meilleure nouvelle pièce, ainsi que les prix Evening Standard, Critics’ Circle et Susan Smith Blackburn. Lucy Kirkwood n’avait alors pas encore 30 ans.

Son autre grand succès, The Children (Les enfants), oeuvre puissante et criante d’actualité, est d’abord créée à Londres en 2016 avant de prendre l’affiche sur Broadway en 2017 et être en lice pour le Tony Award de la meilleure pièce.

Fascinante, provocante et utilisant la science pour interroger notre humanité, sa pièce Mosquitoes a été créée au National Theatre en 2017. « Lucy Kirkwood est une dramaturge à l’ambition héroïque », lira-t-on dans The Guardian au lendemain de la première. Sa nouvelle création, The Welkin, vient tout juste de prendre l’affiche du National Theatre. Parmi ses autres oeuvres, mentionnons NSFW ; Hansel and Gretel, Beauty and the Beast (en collaboration avec Katie Mitchell) ; It Felt Empty When The Heart Went At First But It Is Alright Now (John Whiting Award 2012) ; Hedda ; et Tinderbox.

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Metteuse en scène

Photo: Nicola-Frank-Vachon

Marie-Hélène
Gendreau

Diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 2005, Marie-Hélène Gendreau est comédienne et metteuse en scène. Depuis 2016, elle assure également la coordination artistique du Théâtre Périscope. Sur les planches, elle a joué dans plusieurs productions tant du répertoire classique que contemporain et a participé à de nombreuses créations. Plus récemment, elle a joué dans Incendies de Wajdi Mouawad, Le baptême de la petite d’Isabelle Hubert, Rotterdam de Jon Britain sur la transidentité sous la direction d’Édith Patenaude.

À l’écran, on a pu la voir dans plusieurs téléséries dont 30 Vies, Complexe G, LOL, Le Clan, Chabotte et fille, Lance et compte ainsi que Les hauts et les bas de Sophie Paquin. Elle était également de la distribution du film Les 3 p’tits cochons de Patrick Huard.

À titre de metteuse en scène, Marie-Hélène se démarque entre autres pour sa direction d’acteur·trice·s. Elle s’illustre en 2013 avec la pièce Trainspotting, présentée d’abord à Québec puis à Montréal l’année suivante. La production remporte deux prix : Meilleure mise en scène aux Prix d’excellence des arts et de la culture et Meilleure production Québec de l’Association des critiques de théâtre du Québec.

Récemment, elle a monté Madra de Frances Poet à la Licorne, Foreman de Charles Fournier (co-m.e.s. Olivier Arteau) au Périscope, La duchesse de Langeais et Le vrai monde?, de Michel Tremblay au Trident, Hope Town de Pascale Renaud-Hébert, Bienveillance de Fanny Britt, Les Marches du pouvoir de Beau Willimon, Tom à la ferme de Michel-Marc Bouchard et Quatre à quatre, de Michel Garneau à la Bordée. Pour une quatrième année, elle signe, avec Frédéric Dubois, la mise en scène de la Soirée des Prix RIDEAU au Capitole.

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Traductrice

Photo: Jean-Sébastien Dénommé

Maryse
Warda

Chez Duceppe, on apprécie grandement le travail de Maryse Warda dont les nombreuses traductions et adaptations cumulent les distinctions. On lui a confié les traductions de Du Bon Monde de David Lindsay-Abaire en 2012 et de La Vénus au vison de David Ives en 2013. Puis, il y aura celles de Race de David Mamet en 2016 et du Bizarre incident du chien pendant la nuit de Simon Stephens en 2018.

Au total, c’est au-delà de soixante pièces que Maryse Warda a traduites au cours de sa carrière qui débute au Théâtre de Quat’Sous en 1991. Rappelons que son travail sur Motel de passage de George F. Walker, recevait en 2000 le Masque de la meilleure traduction et se retrouve en lice pour le Prix du Gouverneur général. L’Académie québécoise du théâtre nommera deux autres de ses traductions, celles de W;t de Margaret Edson et de Variations sur un temps de David Ives. En 2011, elle recevait le Prix littéraires du Gouverneur général pour sa version québécoise de la pièce Toxique ou L’incident dans l’autobus de Greg MacArthur.

Les metteurs en scène les plus reconnus – pensons à Martine Beaulne, René Richard Cyr, Serge Denoncourt, Martin Faucher, Marie-Thérèse Fortin, Denis Bernard et Hugo Bélanger – font appel à son talent. Parmi ses accomplissements, citons ses traductions des pièces Des promesses, des promesses de Douglas Maxwell, Trahison, de Harold Pinter, l’adaptation théâtrale du roman La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt ainsi que sa co-adaptation du spectacle Les Choristes, avec Serge Denoncourt. En 2019, elle signait les traductions de L’éducation de Rita, de Willy Russell et de La Société des poètes disparus, de Tom Schulman, et se commettait pour la première fois à l’écriture dans le cadre du spectacle La maison, du Petit Théâtre du Nord.

Plusieurs de ses traductions sont publiées —L’Homme laid (Boréal), la série Motel de passage (VLB éditeur) et Traces d’étoiles (LUX)— ou portées à l’écran par les réalisateurs Claude Desrosiers (Traces d’étoiles) ou Louis Bélanger (Le génie du crime).

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Mot de la direction artistique

En cette année de grandes réflexions sur notre legs environnemental, nous ressentions le besoin de nous pencher collectivement sur cette question difficile, mais ô combien pertinente pour la suite du monde: que sommes-nous réellement prêt·e·s à sacrifier pour l’avenir de l’espèce humaine?

La question mérite que l’on commence à s’y attarder sérieusement. Après tout, le dilemme auquel seront soumis Robin et Adèle deviendra probablement l’un des plus importants du 21e siècle. Devrait-on assumer les choix de notre génération jusqu’au bout ? Devrait-on sacrifier le confort de notre retraite au profit des générations futures ?

Lucy Kirkwood est l’une des plus grandes dramaturges de notre époque. Avec humour et compassion, elle nous fait tomber en amour avec ses personnages, puis nous les place devant des murs infranchissables. Vous pourrez assurément continuer de suivre son travail chez nous au cours des saisons à venir.

Notre trio de vibrant·e·s ingénieur·e·s à la retraite nous a charmé dès le premier jour des répétitions. Marie-Hélène Gendreau et son équipe de concepteur·trice·s se sont chargé·e·s de les faire évoluer dans un environnement qui inspire autant le confinement et l’inquiétude que la liberté et la sérénité. Laissez-vous imprégner par leur univers et plongez en eaux troubles. Nous promettons que vous ne le regretterez pas.

Duceppe est particulièrement fière de collaborer avec l’organisme Écoscéno dans le cadre de cette production. Cette ressourcerie culturelle, qui favorise le réemploi et le recyclage des matériaux de construction des décors, nous a permis de faire des choix éclairés et de réduire notre empreinte écologique de façon significative. Nous poursuivrons le travail avec eux au cours des mois et des années à venir.

Bonne soirée avec Adèle, Robin et Rose,

David et Jean-Simon

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Mot de la metteuse en scène

« On est une île. »

Cette courte réplique d’Adèle s’est déposée en moi dès la première lecture et ne me lâche plus depuis.

Elle a inspiré notre vision et notre envie de se rendre à vous en n’oubliant jamais la menace qui gronde toujours plus.

Une île est un espace de terre protégé du reste, mais exposé de tous les côtés et perdu dans une immensité. On ne peut y être sans ignorer complètement ce qui se passe autour. Nos maisonnées sont des îles.

The Children de Lucy Kirkwood a été créée à Londres en 2016, et depuis, les catastrophes environnementales ont continué de nous secouer. La marche mondiale a lieu.

On ne peut plus vivre comme si de rien n’était.

Nos consciences ne peuvent plus supporter le déni.

Parfois, on se sent seul·e sur notre île, abandonné·e même de ceux et celles qui ont le pouvoir.

Mais, on veille à limiter les dégâts dans nos petits nids douillets pour nos enfants.

Pour les enfants.

Pour l’après nous.

Pour la suite du monde…

Les enfants (la pièce !) nous tiraille entre nos désirs infiniment intimes et nos devoirs universellement grands.

C’est dans cette zone inconfortable que sont plongés Adèle, Rose et Robin. Trois êtres brillants et sensibles. Danielle, Chantal et Germain, vous défendez ces personnages avec cœur et conviction. Je vous remercie pour la sincérité dans le travail.

Je remercie toute l’équipe de création entièrement dévouée, les conceptrices et concepteurs engagé·e·s et talentueux·ses. On ne pouvait pas faire moins.

Je suis reconnaissante de mon privilège de monter un texte de cette envergure sur ce grand plateau et de vous rencontrer enfin, cher public. Merci David et Jean-Simon pour la belle proposition ainsi qu’à toute votre équipe. Et merci à mes enfants qui me rappellent chaque jour

combien il est essentiel de toujours chercher à faire plus et mieux pour sauver notre belle planète.

Je continue de croire que dans le geste d’amour au quotidien, il y a le commencement de la réparation.

Marie-Hélène Gendreau

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Entrevue avec Marie-Hélène Gendreau

Figurant parmi les personnalités de l’année du quotidien Le Soleil, Marie-Hélène Gendreau a brillé tout au cours de 2019, autant comme directrice artistique du Périscope que metteuse en scène et comédienne. Elle a amorcé la dernière année sur les planches, tenant un premier rôle dans Rotterdam au Théâtre de la Bordée. Elle l’a terminée en mettant en scène La duchesse de Langeais ainsi que Hope Town et, entre les deux, il y a eu Foreman, dirigée de concert avec Olivier Arteau. Marie-Hélène Gendreau aime faire résonner des textes forts et, cette saison, c’est chez Duceppe qu’elle le fait avec la pièce britannique Les enfants. Une œuvre intimiste qui soulève des questions immenses. Une œuvre puissante qu’elle attaque avec instinct, pertinence et passion.

 

Les enfants aborde plusieurs thèmes, notamment les enjeux environnementaux et le legs des générations. «Je ne sais pas comment vouloir moins», dit le personnage d’Adèle. Pour l’autrice, Lucy Kirkwood, voilà une ligne cruciale de sa pièce. Qu’en dites-vous?

Cette réplique est lancée à un moment où Adèle est déchirée entre ses désirs personnels et ses valeurs; entre ses besoins individuels et ses grandes envies d’aider le monde dans lequel elle vit. Jusqu’à quel point est-on prêt·e à changer des choses au quotidien pour protéger l’environnement? Souvent, dès que ça bouscule notre mode de vie heureux et somme toute luxueux, on prend peur, on réalise qu’on n’est peut-être pas disposé·e à en faire autant qu’on le prétend.

Le bonheur est beaucoup associé à acquérir des biens, à voyager, à avoir des projets, des rêves à la hauteur de nos ambitions et de nos moyens. Comme être humain, on se définit beaucoup à travers tout ce «vouloir». Mais, est-ce que notre quête, notre passage sur terre peut se définir autrement et toucher une certaine plénitude? Dans le quotidien de chaque famille, de chaque foyer, comment ça peut s’inscrire? Quand on sent l’écoanxiété prendre de plus en plus de place, quand nos enfants héritent d’une lourde responsabilité sur leurs petites épaules, comment se faire rassurant·e·s? Comment leur apprendre à vouloir moins?

Au fond, sommes-nous prêt·e·s à vouloir moins collectivement? Qu’est-ce que ça représenterait de vivre, vraiment et totalement, en accord avec notre planète? Voilà la beauté de ce texte de Lucy Kirkwood.Un texte intelligent parce qu’il touche: il nous fait réfléchir, rire, pleurer.

Danielle Proulx interprète le personnage d’Adèle dans Les enfants.

 

Contrairement à d’autres œuvres plus épiques de Lucy Kirkwood, Les enfants est une pièce intime, entemps réel, avec trois personnages confinés dans un petit espace. Des moyens sobres versus un sujet particulièrement ambitieux. Pourrait-on dire que l’autrice applique l’idée de vivre avec moins à sa propre écriture?

Oui, c’est intéressant! Ici, elle porte attention à trois personnages qu’elle développe à fond dans tout ce qu’il et elles ont d’intime. Comme eux, nous sommes constamment tiraillé·e·s entre nos devoirs par rapport au monde, à l’immensité, à l’universel versus tout ce que l’on veut assouvir égoïstement et qui a tout autant d’importance. C’est ça une vie : nos valeurs, notre devoir, nos responsabilités sociales et notre petit nombril. Et, très habilement, l’autrice nous promène entre ces deux dimensions. Aussi, le spectacle aborde la maternité et soulève une autre grande question : est-ce qu’il est plus noble de s’investir auprès de ses propres enfants que de chercher à prendre soin des enfants de la terre? Lucy Kirkwood est très adroite pour évoquer l’écart qui se crée entre les êtres qui sont parents et ceux qui n’en ont pas la chance ou qui ont choisi de ne pas le devenir.

 

Vous allez encore plus loin avec une scénographie écoresponsable, de la construction du décor jusqu’au choix des accessoires, n’est-ce pas?

Oui, et même pour les costumes. Souvent, on commande en ligne, tout ça nous arrive, on essaie et on retourne! Cynthia St-Gelais, la conceptrice aux costumes, a eu le souci de se tourner vers certains designers montréalais·es pour faire des choix durables et encourager l’économie locale, puisque dans l’univers du textile il est difficile d’être totalement écoresponsable. En ce qui concerne les matériaux des décors, si l’on voulait teindre ou peindre du bois recyclé, mais que de le faire empêchait un usage futur, on oubliait ça. Et, si on le faisait, on optait pour un produit écologique qui donne une chance de réutilisation. De plus, il n’y a aucune colle, car cela condamne le recyclage. Dans la structure, l’acier et l’aluminium seront récupérés en entier ou refondus.

La scénographe Marie-Renée Bourget Harvey, très conscientisée, de concert avec l’équipe d’Écoscéno et celle de Duceppe, a veillé à réutiliser le plus possible et à établir les contacts pour la prochaine vie des matériaux.

Tout n’est pas absolu, mais la prise de conscience et les efforts déployés par l’équipe de création pour être en accord avec l’environnement marquent le fait qu’il est possible de le faire pour vrai.

Même la nourriture, achetée par l’accessoiriste Normand Blais, sera engloutie par les acteur·trice·s après les représentations. Pas de gaspillage les enfants SVP!

Chantal Baril, Danielle Proulx et Germain Houde.

 

Quelle est l’importance de la scénographie dans cette pièce?

C’est au cœur de la pièce. Souvent, on me confie des huis clos réalistes, car j’ai un intérêt très fort pour la direction d’acteur·trice·s et pour trouver les brèches d’évocation possibles dans un texte qui est campé dans le monde réel. Mais, je cherche les sentiers étonnants, parce que la vie, elle est étonnante! Je sais que les spectateur·trice·s ont besoin de liberté et d’évasion quand ils ou elles s’assoient dans une salle de théâtre. Oui, on souhaite se faire raconter une bonne histoire, mais ça prend des portes ouvertes où l’on n’a pas tout mâché pour nous.

Ainsi, dans cette traduction, nous avons légèrement adapté certains mots qui campaient trop la pièce en Angleterre. Nous avions à cœur — la direction artistique, la traductrice, et moi-même — que nous puissions sentir que tout ça a lieu près de nous.

Les inondations que plusieurs ont subies l’an dernier ont nourri les choix scénographiques et ceux des mots. La pièce ne se déroule pas au Québec, mais nous nous sommes assuré·e·s que l’œuvre puisse résonner ici.

On évoque donc un endroit en bordure de mer que l’on n’identifie pas, et, avec le fleuve chez nous, on peut très bien avoir l’impression que ça se passe tout près.

 

En quoi le décor reflète-t-il la structure de la pièce?

Dès que j’ai lu la pièce, j’ai eu envie d’un décor évolutif. Pour moi, le fait de se limiter au chalet où l’on retrouve les trois personnages n’évoquait pas toute l’importance des enjeux soulevés dans le texte ainsi que la hauteur où Lucy Kirkwood, habilement, amène les protagonistes. J’avais le désir que l’on soit davantage dans l’évocation, avec des accessoires qui nous ancrent dans la réalité, mais qui apportent aussi la poésie par rapport à la pénurie, aux restrictions, au rationnement qu’a provoqués l’accident nucléaire… Et, dans la conception du décor en tant que tel, je voulais que l’on sente constamment la tension et la menace imminente. Que jamais l’on n’oublie la catastrophe et le péril environnemental dans lequel on est plongé·e.

En résumé, on avait la volonté de servir l’urgence écologique. Quand The Children a été créé à Londres en 2016, tout le mouvement actuel, initié par Greta Thunberg notamment, n’était pas aussi fort que maintenant. Aujourd’hui, quand on monte cette pièce, je crois que l’on doit démontrer que nous sommes rendu·e·s un peu plus loin dans notre conscientisation. C’est pour cette raison que j’étais heureuse que Duceppe propose d’en faire une production écoresponsable.

De plus, j’avais le devoir de créer un spectacle qui soit «grand»; dans le niveau de jeu, dans les choix esthétiques, dans la poésie de la lumière, dans l’univers sonore… On doit s’élever du réalisme. L’œuvre d’art qu’est ce spectacle, même s’il est intime, doit être une œuvre d’envergure. Elle doit résonner large, être à la hauteur de l’urgence et des défis qui nous attendent.

 

Qu’aimeriez-vous que les spectateur·trice·s retiennent ?

Un souhait que j’ai quand j’aborde un texte, c’est celui de permettre des discussions intergénérationnelles, qui sont, à mon avis, essentielles. Avec Les enfants, je crois que les spectateur·trice·s vont échanger en rentrant à la maison et que la pièce va susciter des conversations avec leurs enfants, leurs parents… Je suggère d’ailleurs aux gens de venir accompagnés de leurs ami·e·s, leur famille ou de leurs proches issu·e·s de générations différentes. Je pense que les discussions seront vraiment riches et si certain·e·s spectateur·trice·s sont intéressé·e·s à me partager les leurs, je serai très heureuse de savoir ce que Les enfants a provoqué!

Marie-Hélène Gendreau, Danielle Proulx, Germain Houde et Chantal Baril.
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Fukushima

Survol en quelques points clés

Survenue le 11 mars 2011, la catastrophe de Fukushima est classée au niveau 7 sur l’échelle de gravité des événements nucléaires, soit un degré identique à celui de Tchernobyl en 1986, en particulier par le volume de rejets radioactifs. Elle a inspiré à l’autrice Lucy Kirkwood sa pièce Les enfants.

 

11 mars 2011 : naturelles et nucléaire, trois catastrophes

À 14 h 46 (heure de Tokyo), le Japon est frappé par un séisme de magnitude 9, le plus puissant jamais enregistré au pays. L’épicentre se situe à 130 kilomètres au large de Sendai et à 30 kilomètres de profondeur. Il génère un dévastateur tsunami qui s’abat sur 500 kilomètres de côtes et dont les vagues dépassent les 15 mètres. Le séisme et le tsunami ont directement causé la mort de 18 430 personnes, et, au 11 mars 2019, seulement 15 897 corps avaient été retrouvés, selon l’AFP.

Mais la tragédie ne s’arrêtera pas là. Moins d’une heure plus tard, la centrale nucléaire Fukushima Daiichi est gravement accidentée après le passage d’une vague de 14 mètres de haut. Le tsunami prive la centrale d’alimentation électrique, les groupes électrogènes se trouvant dans les sous-sols inondés. Cette coupure stoppe les systèmes de refroidissement de trois réacteurs. Leur combustible nucléaire s’échauffe rapidement, avant de fondre puis s’écouler vers le sous-sol. Encore aujourd’hui, les recherches se poursuivent afin de retrouver tous ces débris mortels et les placer en lieu sûr.

À 19 h 03, l’état d’urgence nucléaire est décrété par le gouvernement. Le premier ministre de l’époque ordonne l’évacuation des populations dans un rayon de deux kilomètres autour de la centrale.

À 21 h 23, on étend ce rayon à trois kilomètres avec mise à l’abri jusqu’à dix kilomètres.

L’accident tourne au cauchemar

La semaine qui suit l’accident prend des allures de cauchemar. Entre les 12 et 15 mars 2011, trois explosions chimiques, liées à l’hydrogène dégagé, se succèdent. Elles endommagent les cuves et engendrent une grave crise nucléaire. Parmi les effectifs de la centrale, 16 travailleur·euse·s sont blessé·e·s.

La zone d’exclusion est étendue à 20 kilomètres et une mise à l’abri volontaire — recommandée aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes hospitalisées — est établie jusqu’à 30 kilomètres autour du site ravagé.

Des comprimés d’iode sont distribués aux sinistré·e·s afin de prévenir des cancers de la thyroïde. On compte 160 000 habitant·e·s qui ont dû fuir la radioactivité consécutive à l’explosion de la centrale de Fukushima Daiichi. Certain·e·s ne reviendront jamais dans la région. L’évacuation de la zone des 20 kilomètres est accompagnée de l’abandon de milliers d’animaux, surtout des bovins.

Un ancien producteur laitier visite une fois par mois sa ferme abandonnée, située près de la centrale nucléaire, pour effectuer ses propres mesures des niveaux de radioactivité. © Ko Sasaki pour le New York Times

 

Tout ce qui est possible pour refroidir les réacteurs 

Alors que les recherches se poursuivent pour retrouver des milliers de disparu·e·s à la suite du monstrueux tsunami, les autorités japonaises luttent par tous les moyens pour tenter de refroidir les réacteurs de la centrale, afin d’éviter une catastrophe. Des tonnes d’eau sont utilisées.

Tokyo Electric Power Company (Tepco), l’exploitant de la centrale, ne sait pas comment se débarrasser du million de mètres cubes d’eau contaminée, alors il la stocke dans d’immenses citernes. On estime qu’elles seront pleines en 2022.

« Le rejet dans l’environnement (mer ou air) de l’eau contaminée de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi est l’unique option restante après que les expert·e·s eurent exclu un stockage de longue durée », précisaient les autorités japonaises à l’AFP en décembre dernier.

Réservoirs de stockage d’eau radioactive à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. © Toru Hanai / Reuters

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ? 

Le 19 septembre 2019, trois anciens dirigeants de Tepco, accusés en 2016 de ne pas avoir pris les dispositions qui auraient permis d’éviter les dégâts causés aux installations ainsi que les avaries en chaîne qui ont suivi, sont acquittés.

Un rassemblement devant le tribunal du district de Tokyo, le 19 septembre 2019, pour protester contre les acquittements. © Kazuhiro Nogi /Agence France-Presse – Getty Images

 

Même si l’accident de la centrale nucléaire n’a officiellement pas causé de décès direct, on dénombre, à ce jour, des centaines de morts attribuées au chaos des évacuations en 2011 ainsi qu’aux conditions difficiles et au traumatisme endurés par les personnes déplacées.

Neuf ans après la catastrophe de Fukushima, les opérations de refroidissement des réacteurs et de démantèlement de la centrale se poursuivent. Encore aujourd’hui, 7 000 personnes y travaillent tous les mois. Selon Tepco, elles ne dépassent pas la dose limite d’exposition aux matières radioactives. Les opérations devraient s’achever dans trente ou quarante ans.

Un travailleur sur le mur extérieur du bâtiment du réacteur 2. © Ko Sasaki pour le New York Times
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